Mardi 8 mars 2011 2 08 /03 /Mars /2011 08:41

Je n'avais jamais pensé à ce que je faisais pendant que je laçais mes chaussures. Je ne pensais pas que ma main gauche était indispensable pour ce geste simple.

Mais en réalité, lorsqu'on tente de découper l'action, si l'on observe la scène du laçage de chaussure attentivement, on s'aperçoit que c'est plus qu'une bonne coordination. Si un doigt dérape, le lacet ne tient pas. Et si une main manque, le lacet ne se fait pas.

Nos doigts dansent. Ils dansent dans une chorégraphie longuement étudiée et apprise par cœur. Un chorégraphie apprise dans notre tendre enfance. Je me souviens encore du temps où l’on me laçait les chaussures en me montrant les gestes. Et moi les apprenant. Les mémorisant pour le lendemain. Et un jour on se lance. On devient “un grand”.

Aujourd’hui je n’arrive plus à faire mes lacets. Je suis redevenu “un petit” ? Non. Bien évidement que non. Je suis un handicapé. Assez pour avoir une carte qui le dit. Une place plus proche de l’entrée des grands magasins. Petite consolation minable quand on pense que j’en suis réduit à un choix terriblement frustrant, vexant et dévalorisant à la fois. Les chaussures à scratch, rentrer les lacets dans la chaussure sans les faire ou faire appel à une aide. Avoir des lacets et ne plus pouvoir les faire : c’est frustrant. Mettre des chaussures à scratch : c’est vexant. Demander de l’aide, dévalorisant.

Chorégraphie maudite. Et puis au diable la politesse : salope de chorégraphie. Ou plutôt salope de main qui me manque. C’est comme une femme qui vous qui quitte pour votre meilleur ami. Salope.

Rater le laçage de chaussure est un bon moyen de s'énerver avant même de sortir de chez soi. On s'énerve, on grogne seul dans son coin. Surtout quand on est seul chez soi, comme moi.
On est obligé de le faire seul ce lacet. Mais avec une seule main, c'est impossible. Alors c’est la solution de facilité que on prend. On serre les lacets, l'un après l'autre. Puis on les fourre tant bien que mal dans la chaussure, en espérant que ça tienne.
Que le tout ne se desserre pas. Mais on ne peut pas éviter de s'énerver. On est frustré.

Il me reste à être patient. À réapprendre les gestes simples. Pour redevenir “un grand”. Je me dois de surmonter ma colère et mon impatience. Cette main, c’est bien comme une femme qui vous quitte. Au début, on ressent de la colère, de la tristesse, on veut que tout redevienne normal, comme avant. Mais le temps passe. On guérit pas toujours. Enfin, moi je ne le pense pas. Je vais enterrer ça au plus profond de moi. J’attendrais que cela tourne à la névrose. 

Névrosé à cause des lacets.

Et puis merde, le printemps approche, je mettrais des tongs.

 

 

Je viens de m’apercevoir que je publie ça le jour de la journée de la femme. Et j’ai une insulte destiné à une femme dedans. On paris qu’y’aura au moins une féministe extrémiste pour me le faire remarquer ?

Par M. Beka. - Publié dans : Une nouvelle par semaine
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